Ouvrage publié en octobre 1976 aux éditions Calmann-Lévy.
1976 est une grande année de football. La France est prise d’une fièvre verte et suit avec ferveur les exploits de l’AS Saint-Étienne dont chaque tour de Coupe d’Europe franchi est une promesse de gloire éternelle. Elle voit poindre également, la France, une petite lueur bleue avec les débuts internationaux de Michel Hidalgo et Michel Platini.
Faire d’une saison une épopée
“L’année du football 1976” est le quatrième tome d’une saga rédigée depuis 1973 par Jacques Thibert, rédacteur en chef adjoint chez France Football, qui a initié l’idée du beau-livre bilan de la saison écoulée. Le concept inspirera d’autres éditeurs, qui se tourneront quant à eux vers Charles Biétry ou Eugène Saccomano pour créer un équivalent.
Souvent imité, jamais égalé, L’Année du football de Jacques Thibert reste une collection de référence. « Ainsi, il est possible de faire d’un match une tragédie, d’une saison une épopée et d’une équipe un organisme vivant qui naît, grandit, évolue, périclite et meurt ! » écrit Bruno Colombari, de Chroniques Bleues, quand il évoque les souvenirs de son premier livre de football.
Le quatrième tome consacre une large part de son volume à la Coupe d’Europe, près de quatre-vingt-dix pages pour évoquer le parcours de l’AS Saint-Étienne jusqu’à Glasgow, mais aussi d’autres chocs qui ont animé cette vingtième édition de la Coupe des Clubs champions. Jacques Thibert revient notamment sur ce formidable exploit de Derby County, sublimé par le vétéran Charlie Francis qui atomise le Real Madrid 4-1. Exploit qui sera suivi d’un autre inversé, le Real s’imposant 5-1 au match retour !
Des combats d’Europe aux chamailleries du championnat
A l’époque, la Coupe d’Europe n’est pas omniprésente sur les écrans de télévision. On se contente d’un match par mois et c’est essentiellement par écrit, grâce à la presse et les livres, que l’on vit les tribulations du ballon rond. Jacques Thibert nous fait ainsi revivre les formidables combats qui opposé Saint-Étienne au Dynamo Kiev, le Real à Moenchengladbach, le Bayern au Real, Saint-Étienne au PSV Eindhoven et finalement le Bayern Munich et Saint-Étienne pour le rendez-vous final à Glasgow, son stade Hampden et ses poteaux carrés.
Curieusement, la Coupe des vainqueurs de Coupes et la Coupe de l’UEFA n’occupent que cinq pages, le temps d’expédier en affaires courantes les victoires du Anderlecht de Robby Rensenbrink et du Liverpool de Kevin Keegan.
Les pages suivantes sont consacrées aux compétitions françaises, notamment le championnat où là aussi, à la fin, ce sont toujours les Verts qui gagnent. Saint-Étienne remporte une édition palpitante animée par l’OGC Nice de Jean-Marc Guillou, l’OM de Marius Trésor, l’OL de Serge Chiesa, le FC Nantes d’Henri Michel et quelques autres vedettes qui ont pour nom Carlos Bianchi, Ugo Curioni, Jean-Pierre Dogliani, sans oublier certains arbitres que l’auteur aime particulièrement égratigner, c’est même là son moindre défaut.
Quand le football français ne vivait que d’espoir
La Coupe de France suscite à l’auteur le même engouement que pour le championnat où les mêmes équipes voient leurs ambitions confrontées à des clubs revanchards ou en recherche de reconnaissance. Après les terrains gras et enneigés des trente-deuxième de finale, les tours ultimes voient quelques matchs enfiévrés comme ce Bastia-Nice chargés d’incidents, et le traditionnel questionnement des matchs aller-retour qui alourdissent le calendrier. Au bout du compte, c’est un Olympique de Marseille qui revient au premier plan avec Trésor, Yazalde et Bereta qui remporte le trophée aux dépens de l’OL de Lacombe et Domenech.
Vient ensuite l’équipe de France. La saison 1975/1976 est celle d’une importante transition, celle de Ștefan Kovács qui passe le relais à son jeune adjoint Michel Hidalgo. Alors que les Tricolores n’ont pas réussi à se qualifier pour les quarts de finale de la Coupe d’Europe des nations, le nouveau sélectionneur rajeunit le visage de l’équipe nationale en y intégrant un jeune Lorrain portant le nom de Michel Platini. Hidalgo dirige également l’équipe Espoir, dotée d’une équipe de gala pour livrer un quart de finale homérique face à l’URSS.
L’ouvrage se poursuit avec la Coupe d’Europe des nations, à laquelle la France est absente, ce qui atténue l’intérêt des médias hexagonaux (la finale n’est même pas télévisée chez nous, aberration que dénonce l’auteur). Alors que l’on attend une revanche de la Coupe du monde 1974, c’est l’étonnante Tchécoslovaquie qui tire son épingle du jeu en s’imposant face aux Allemands aux tirs au but, Jacques Thibert ne relevant même pas la technique particulière avec laquelle Antonin Panenka marque le tir vainqueur.
Plein feux sur le football féminin
Chose rare à l’époque, L’Année du football consacre quelques pages au football féminin, alors fort peu médiatisé, et pour tout dire encore largement méprisé. L’auteur fait alors le point sur les progrès de la discipline et sur l’irréversible mouvement du football féminin. Il précise par ailleurs qu’en ces temps-là, le règlement autorise les joueuses qui font le mur sur coup-franc à se protéger avec les avant-bras.
La rubrique Plein Feux, qui termine l’ouvrage, propose nombre de photos de la planète football que Jacques Thibert commente en laissant libre court à sa malice et sa fantaisie. Enfin, la saison au crible fournit aux passionnés les résultats détaillés de la saison.

- “L’année du football 1976” de Jacques Thibert (1976, Calmann-Lévy). 256 pages. 230x280mm. ISBN:2-7021-0152-6.
Sur le web
- Lire l’article « En 1976, le livre par lequel tout à commencé » (14/11/2018) de Bruno Colombari sur le site Chroniques Bleues.














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