Football(s) #7 au cinéma

FOOTBALL(S) #7 – Au cinéma

Revue parue le 1 décembre 2025 aux éditions Presse Universitaire de Franche-Comté.

Le gardien de but qui fait la une du numéro 7 de la revue Football(s) n’est autre que Jean-Paul Belmondo. L’as des as réalisait aussi des cascades dans les surfaces de réparation quand entre deux films il jouait au sein d’une équipe de stars du showbiz, les Polymusclés dont il était devenu l’emblématique dernier rempart. 

Le football est-il un sujet cinématographique ?

Le septième numéro de la revue Football(s), sous la direction de Thomas Bauer, propose de s’attarder sur les liens qui unissent le ballon rond et le grand écran. Avec toujours la même question, lancinante et irrésolue, alors que bon nombre de films ont exploité le sujet : le football est-il cinématographique ?

Les deux disciplines sont nées dans la même période et ont grandi de concert sans vraiment lier leurs destins. Pourtant, les caméras ont très tôt été attirées par les matchs de football et il est difficile de contester aujourd’hui que le football, plus que tout autre sport, occupe une place majeure dans les programmes de la télévision et les plateformes vidéo.

Filmer le football reste pourtant une prouesse. Alors que la boxe ou le tennis pourraient presque se contenter d’une caméra fixe, le football, et même les footballs puisque le rugby connaît les mêmes problématiques, nécessite autant de plans large que de gros plans, la dimension du terrain donnant à raconter plusieurs histoires différentes.

La dramatique des matchs de football, avec ses improbables retournements de situation qui rendent ce jeu si fabuleux, ont toujours titillé la créativité des scénaristes et autres producteurs de fiction. Pourtant, si le football semble taillé pour le cinéma, aucun réalisateur n’est vraiment parvenu à reproduire la réalité du jeu.

Le ballon rond sur grand écran

De grands réalisateurs n’ont pourtant pas hésité à intégrer le football à leurs œuvres. Thomas Bauer et Vittoriano Gallico analysent celle de l’Italien Paolo Sorrentino qui a fait du Calcio une métaphore de l’Italie, mais aussi de la vie et du temps qui passe. L’Ecossais Ken Loach, de son côté, se sert du football pour produire des satires sociales, comme le magnifique My name is Joe, raconté par Claude Boli et Martine Benammar. Et lorsqu’il invite l’acteur Cantona dans son film Looking for Eric, c’est pour le faire interpréter le rôle du footballeur Cantona.

Un autre article revient d’ailleurs sur la participation d’authentiques footballeurs dans les fictions cinématographiques. Maxence Leconte analyse de cas d’Eric Cantona, qui a fait du cinéma son deuxième métier, mais aussi Pelé ou Salif Keita, venus apporter chacun à leur manière leur contribution, sans faire oublier les footballeurs qu’ils furent.  

Le septième art a beaucoup fait pour la popularité du football féminin. Quasiment ignoré durant le vingtième siècle, il fait l’objet à partir des années 2000, notamment depuis Joue-la comme Beckham de Gurinder Chadha, de nombreuses comédies de fiction. Jean Bréhon et Audrey Gozillon analysent trois productions françaises : Comme des garçons, Une belle équipe ou encore le biopic Marinette, trois films d’apparence légère qui s’appuient pourtant sur le combat des femmes pour être reconnues comme d’authentiques footballeuses.

Le septième art au service de la mythologie du football

Les variantes du football ont aussi leur place au cinéma. Le rugby a été mis à l’honneur très tôt avec André Hugon dans La Grande Passion (1928) revu presque un siècle plus tard par Joris Vincent. Le football américain quant à lui bénéficie de nombreuses productions hollywoodiennes teintées de machisme, de rêve américain et un peu de racisme, selon Seán Crosson. 

Le cinéma, pour raconter le football, a besoin de s’appuyer sur son histoire. Une rencontre inspire particulièrement les cinéastes, le fameux match de la mort de 1942 en Ukraine, dont le récit évoque des footballeurs qui, après après avoir vaincu une équipe de soldats de la Wehrmacht, auraient été exécutés à l’issue de la rencontre. Un épisode dont la vérité historique est loin d’être établi, mais que le cinéma, comme l’explique Olga Ruzhelnyk, exploite volontiers dans Deux mi-temps en enfer (1962) du Hongrois Zoltán Fábri, dans Escape to Victory (1980) de l’Américain John Huston (avec Pelé et Stallone) et dans Le Match (2012) du Russe Andrey Malyukov, dont la prise de position a entrainé la censure du film en Ukraine. 

Dans le même esprit, Le miracle de Berne (2003) de Sönke Wortmann apporte au match RFA-Hongrie de 1954, finale de la Coupe du monde, une dimension historique qui confine à la mythologie, telle que l’expliquent Martine Benammar et Albrecht Sonntag.

Vingt-quatre images seconde

Ce septième numéro de Football(s) aborde également la question des documentaires. Lucie Falcone compare le célèbre Les Yeux dans les Bleus de 1998 et la Deuxième étoile de 2018, où les modes narratifs empruntent plus à la fiction qu’aux règles du reportage. Les six épisodes de La Fièvre, série diffusée en mars 2024 sur Canal+ sont analysée par Jean-François Diana, où la thématique du football est confrontée aux tensions de notre époque (violence, racisme, médias, réseaux sociaux, individualisme, exclusion, quête de reconnaissance. 

Ce dossier très complet a le mérite de pousser l’exploration au-delà des œuvres traditionnellement convoquées dans ce genre de thématique. Il se poursuit quelques pages plus loin par une interview de Julien et Gérard Camy, auteurs de deux ouvrages de référence sur le foot à l’écran et plus généralement le sport au cinéma. Plus loin encore, le cinéaste historien Jan Tilman Schwab explique les jalons de la mise en scène documentaire et fictionnelle du football au cinéma, permettant ainsi un historique complet de l’exercice. 

Le film de football peut-il prétendre à constituer un genre à part entière ? C’est la question que pose ce numéro de Football(s), lequel devient un titre de référence, qui nourrit notre réflexion sur les footballs à travers leur histoire et les cultures qu’ils colportent.

Football(s) #7 au cinéma