Bande dessinée publié le 22 janvier 2025 aux éditions Delcourt/La Découverte.
Lorsque l’ouvrage de Mickaël Correia paraît en mars 2018 aux éditions de la Découverte, l’ouvrage détonne par l’angle choisi pour raconter l’histoire du football. Loin des success stories et du récit brut des compétitions, “Une histoire populaire du football” s’attarde sur l’appropriation du ballon rond et les combats qu’il a portés au fil de l’histoire.
Terrain de luttes en BD
L’ouvrage est devenu un best-seller. Il a été traduit dans de nombreuses langues et a été publié en poche. Cinq ans plus tard, il connaît une autre consécration en étant porté en bande dessinée. La transition ne manque pas d’écueils, mais les auteurs de l’album publié aux éditions Delcourt ont su les éviter. Le scénario est bien construit et le dessin, tout en restant naïf, est très vivant.
Dès les premières pages, les personnages situent l’action. Nous ne sommes plus en 2018 mais au lendemain de la finale de la Coupe du monde 2022. Le football, comme dirait l’autre, il a changé. Les joueurs sont devenus des placements financiers, les stades des parcs d’attractions et les supporters des consommateurs, comme l’énonce un personnage dans les premières cases.
Celui-ci reprend aussitôt le fil de l’ouvrage de Mickaël Correia : le football a toujours été un match entre riches et pauvres, entre élites et peuples, entre dominants et dominés. Il est alors temps de reprendre cette histoire populaire du football.
La trame de la BD, scénarisée par Jean-Christophe Deveney et dessinée par Lelio Bonaccorso, est différente de celle de l’ouvrage mais reprend le même fil. Le football trouve son origine dans les parties de soule du moyen-âge et qui se développement aux XIXe siècle sous l’industrialisation.
Football du peuple et des minorités
Ce jeu codifié par les élites et approprié par le peuple et devient à la fois un objet d’émancipation et un outil de domination. La première guerre mondiale voit l’émergence du football féminin, très vite réprimé par les hommes lorsque ceux-ci reviennent des combats. Cinquante ans plus tard, les femmes revendiqueront à nouveau le droit de jouer au football malgré les réticences du patriarcat.
Né dans l’Angleterre victorienne, le football se développe à travers le monde grâce aux compagnies de chemin de fer. Notamment au Brésil, où malgré le rejet des élites blanches, les métis prennent le pouvoir ballon au pied. Plus tard, le fabuleux Garrincha sera la figure à travers laquelle le peuple croit prendre sa revanche, alors que le joueur en question se perdra quelque peu dans l’ivresse de la célébrité.
Le football a de tout temps été soumis aux affres de la politique. Matthias Sindelar est le plus grand joueur du monde lorsque son pays, l’Autriche, est envahi par l’Allemagne nazie. En URSS, les frères Starostine narguent les autorités communistes en fondant leur propre club, le Spartak Moscou.
En Afrique, le ballon représente une importante caisse de résonance pour les pays en mal de reconnaissance ou d’autonomie. Certains dictateurs le comprennent bien et tenteront de l’instrumentaliser. Mais le peuple saura retourner l’arme à son avantage, notamment lors du printemps arabe du XXIe siècle.
De Garrincha à Rapinoe
Si le Brésil a eu Garrincha, l’Argentine a eu Diego Maradona. Le prodige des quartiers pauvres deviendra un homme immensément riche tout en restant du côté du peuple. Il fera sien un match contre l’Angleterre en Coupe du monde où d’une main divine et d’une série de dribble qui ne l’était pas moins marquera les deux buts qui résument les deux facettes de sa personnalité, celle du filou et celle du génie.
Une autre star du football, de la même dimension que Garrincha et Maradona, prendra la parole pour faire basculer le système. Megan Rapinoe fera du football un combat pour la reconnaissance des femmes et des communautés LGBT. Un combat que reprend, en France, le collectif des Dégommeuses.
Cinq ans après la parution de son livre, Mickael Correia démontre, à travers la bande dessinée, que le football reste un terrain de lutte. Jean-Christophe Deveney et Lelio Bonaccorso démontrent quant à eux que la bande dessinée peut être un excellent vecteur pour transmettre l’histoire du football aussi populaire soit-elle.

- “Une histoire populaire du football”, textes de Mickael Correia et Jean-Christophe Deveney, dessins de Lelio Bonaccorso (2025, éditions Delcourt et La Découverte). 144 pages. 221x294mm. Disponible dans toutes les bonnes librairies et sur le site des éditions Delcourt.

















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