Alice Milliat, journal presque intime (Stéphane Gachet)

ALICE MILLIAT, JOURNAL (PRESQUE) INTIME (Stéphane Gachet)

Ouvrage publié le 1er décembre 2025 en auto-édition. Préface d’Amélie Oudéa-Castéra.

Après avoir publié une version actualisée de sa biographie Alice Milliat, les 20 ans qui ont fondé le sport féminin, initialement parue en 2019, Stéphane Gachet propose un journal (presque) intime de celle qui a fait plier le baron de Coubertin. Spécialiste reconnu de l’histoire olympique, l’auteur choisit cette fois un angle plus original et audacieux en racontant la Nantaise à la première personne.

Journal d’une pionnière

C’est en effet sous la forme d’un journal intime qu’aurait pu tenir Alice Milliat tout au long de son existence, et même au-delà, que se présente ce nouvel ouvrage composé de courts textes, chacun étant daté et relatif à un événement qui a construit l’émergence du sport féminin. La militante exprime à travers la plume de Stéphane Gachet sa détermination, ses réflexions, ses doutes et sa déception face aux réactions, parfois très violentes, de ses opposants.

Pour rappel, Alice Milliat (1884-1957) fut une pionnière du sport féminin. Grande pratiquante d’aviron depuis un séjour en Angleterre, elle déplore qu’en France le sport reste une affaire d’hommes. La Première Guerre mondiale bouleverse la donne : les femmes remplacent les hommes à l’usine mais aussi sur les terrains de sport. Alice Milliat fonde alors la Fédération des Sociétés Féminines Sportives de France, qui réunit rapidement plus de cent clubs et cinquante mille pratiquantes.

En 1920, elle sollicite Pierre de Coubertin pour ouvrir les Jeux olympiques aux femmes, notamment pour les épreuves d’athlétisme. Face au refus catégorique du président du CIO, elle décide de créer ses propres Jeux. En 1921, elle fonde la Fédération Sportive Féminine Internationale et organise en 1922 à Paris les premiers Jeux olympiques féminins. Le succès est tel que le CIO finira par céder progressivement, reconnaissant les épreuves féminines lors des Olympiades de 1928 à Amsterdam.

Un combat qui reste d’actualité

Si le nom d’Alice Milliat demeure aujourd’hui reconnu et très présent dans le monde du sport, c’est parce que son combat reste d’actualité. Les railleries qu’elle a subies de la part des hommes trouvent un écho aujourd’hui chez les féministes, dans le sport et au-delà. Alice Milliat en son temps devait se battre contre les attaques personnelles et les préjugés sexistes, une réalité qui résonne encore avec force dans nos débats contemporains.

Victime de problèmes de santé liés à l’intensité de son engagement, Alice Milliat s’est retirée de la vie publique dans les années trente et a poursuivi une vie tellement discrète qu’elle est décédée dans l’indifférence générale le 19 mai 1957. Stéphane Gachet prend le parti que cette seconde vie loin des stades et des fédérations lui convenait parfaitement, offrant ainsi une lecture apaisée de ces années d’effacement volontaire.

L’auteur propose de poursuivre le journal au-delà du 19 mai 1957. Si Alice Milliat est décédée, son combat demeure vivant, et son avis reste pertinent pour éclairer l’évolution du sport féminin. Stéphane Gachet imagine sa satisfaction de voir organisé en 1968 un match de football féminin à Reims, même si elle doit s’amuser de lire qu’il s’agirait du premier du genre en France. Elle comprend alors que dix ans après sa mort, son combat est passé dans l’oubli, alors qu’elle avait notamment créé l’équipe de France féminine dès 1920.

Reconnaissance tardive

Dans ce journal (presque) intime, Alice Milliat exprime sa satisfaction, dans les années 2000, de voir pour la première fois depuis soixante-dix ans son nom apparaître dans la presse. A la suite de l’article, la municipalité de Nantes choisit de baptiser un centre de logement étudiant du nom de cette enfant du pays, même si celui-ci reste encore largement méconnu du grand public.

Par la suite, le monde du sport et de l’histoire redécouvre progressivement Alice Milliat et son combat. Stéphane Gachet contribue activement à cette reconnaissance tardive en effectuant des recherches approfondies, en approchant les héritiers indirects de la militante, en publiant des articles et une biographie de référence. Peu avant les Jeux de 2024, il interpelle Tony Estanguet, le grand ordonnateur de l’événement à venir, en l’invitant à se recueillir devant la tombe discrète de la militante du sport féminin au cimetière Saint-Jacques de Nantes.

Des réponses aux problématiques actuelles

Ce n’est que justice de la voir honorée le jour de l’ouverture des Jeux parisiens, sa silhouette apparaissant parmi les dix statues de femmes illustres qui ont fait avancer l’histoire. Alice Milliat se serait également réjouie de voir une femme, Kirsty Coventry, devenir présidente du CIO en mars 2025. Elle aurait eu son mot à dire sur les grandes problématiques actuelles du sport féminin, notamment l’inclusion des athlètes transgenres ou la tenue des sportives en compétition. Stéphane Gachet trouve d’ailleurs des réponses dans les propos réels d’Alice Milliat un siècle plus tôt, démontrant ainsi la modernité et la pertinence de sa pensée.

Ce journal (presque) intime, préfacé par Amélie Oudéa-Castéra, ministre des Sports à l’époque des Jeux de Paris, nous rapproche un peu plus d’une dame qui a beaucoup fait pour le sport féminin. Il nous fait vivre son combat de l’intérieur, nous permettant d’entendre sa voix et de ressentir ses émotions face aux obstacles qu’elle a dû franchir. Une expérience de lecture palpitante.

Alice Milliat, journal presque intime (Stéphane Gachet)
  • “Alice Milliat, journal (presque) intime” de Stéphane Gachet (2025, auto-édition). Préface de Amélie Oudéa-Castera. 150 pages, 150x230mm. Disponible dans toutes les bonnes librairies ou à commander en ligne.