Ouvrage paru le 30 mai 2013 aux éditions PUR – Presses Universitaires de Rennes. Préface de Jean-François Sirinelli.
Bien avant que le Paris Saint-Germain ne se mette à banaliser les titres nationaux et à conquérir l’Europe, le football parisien vivait un étrange paradoxe : La région parisienne était l’une des terres les plus fertiles du monde en terme de footballeurs, mais alors que les capitales du monde entier disposent de plusieurs clubs professionnels, la première division française a rarement compté plus d’un seul club parisien.
Exception française
En 2013, quand les Presses Universitaires de Rennes publient “Le football dans Paris et ses banlieues, un sport devenu spectacle” de Julien Sorez, la capitale française ne compte que quatre titres de champion de France avec le RC Paris (1936) et le PSG (1986, 1994, 2013), laissant la province (Marseille, Saint-Etienne, Nantes, Monaco, Reims, Bordeaux…) animer l’élite du football français.
Julien Sorez donne plusieurs explications à cette exception française. La première est que Paris a longtemps négligé le football et les passions populaires, préférant investir dans des activités culturelles plus nobles comme le théâtre et l’opéra. Toutefois, son ouvrage rappelle que dans les premiers temps, Paris et ses banlieues ont été une place forte, pour ne pas dire exclusive, du football français. Entre la fin du XIXe siècle et jusqu’à la Première Guerre mondiale, les clubs créés à Paris et dans sa banlieue prennent une avance considérable sur la province dans le développement du ballon rond. Les dirigeants se montrent les plus actifs, des terrains de football poussent un peu partout dans la capitale et le sport en général bénéficie d’une presse spécifique enthousiaste. Le football bénéficie de l’attirance des Britanniques pour la capitale où les affaires se développent plus sûrement qu’en province. Les joueurs parisiens constituent l’essentiel de l’équipe de France et d’adjugent tous les trophées.
Paradoxe parisien
Cette domination s’érode après la Guerre. La province se laisse gagner par le football avec l’investissement des entrepreneurs locaux et des municipalités. Le football du Nord de la France est déjà très dynamique et sera suivi par plusieurs points de l’hexagone. La Coupe de France, longtemps chasse gardée des clubs de la capitale, se laisse gagner par les clubs de province. La Fédération française de football quant à elle s’efforce de séduire la province et néglige du même coup le football parisien.
Julien Sorez dresse le constat suivant : sur le plan amateur, Paris et sa banlieue restent d’un niveau largement supérieur au reste du pays, mais cette supériorité s’amoindrit quand on remonte la hiérarchie. Au niveau professionnel, Paris traite d’égal à égal avec les villes de province. L’auteur souligne également un défaut typique des clubs parisiens, le manque d’ancrage. Là où les clubs de province (mais aussi ceux des capitales étrangères) restent fidèle à un lieu, ceux de paris n’ont eu de cesse de changer de stade, voire de nom, ne se laissant guère le temps de fidéliser un public sur la durée. On comprend aujourd’hui l’importance qu’attache le Paris Saint Germain au Parc des Princes en dépit des problèmes de capacité de l’enceinte historique.
Un sport devenu spectacle
Pour réaliser cet ouvrage, Julien Sorez s’est appuyé sur des archives de toutes sortes : documents municipaux, fonds associatifs, archives fédérales, presse sportive. Son travail ne se limite pas aux institutions traditionnelles mais prend en compte toutes les formes de football, des clubs ouvriers aux patronages catholiques.
A travers le football parisien, l’ouvrage aborde des thèmes plus généraux. Il explique notamment sur quels espaces le football se développe (terrains vagues, espaces associatifs, stades municipaux, grandes enceintes commerciales), comment les notables financent les clubs pour pérenniser leur pouvoir, comment le jeu s’est transformé en outil d’intégration (particulièrement en région parisienne où la population est la plus cosmopolite du pays) et comment la professionnalisation du jeu a donné de nouvelles perspectives aux joueurs les plus talentueux.
En dépit des défauts traditionnels de la littérature universitaire (qui semble toujours cultiver un certain entre-soi), le livre de Julien Sorez est passionnant. Préfacé par Jean-François Sirinelli, il a reçu en 2014 le Grand Prix de l’Union des Clubs Professionnels de Football.

- “Le football dans Paris et ses banlieues, un sport devenu spectacle” de Julien Sorez (2013, Presses universitaires de Rennes). 412 pages. 155x240mm. EAN : 9782753526433. Disponible dans toutes les bonnes librairies et sur le site des éditions PUR.















