Philippe Tétart "Battling Siki, la véritable histoire" (PUR 2026)

BATTLING SIKI, LA VÉRITABLE HISTOIRE (Philippe Tétart)

Ouvrage publié le 25 juin 2026 aux Presses universitaires de Rennes.

Philippe Tétart a découvert Battling Siki à travers un dessin de presse datant de 1922 où le champion noir est grossièrement caricaturé au lendemain de sa victoire sur Georges Carpentier. Le Sénégalais avait en effet provoqué une immense surprise en battant titre mondial en jeu l’idole nationale que l’on croyait invincible. L’article que le dessin illustre est quant à lui peu avare en formules racistes, malgré une évidente admiration de l’auteur pour le nouveau champion. 

Le champion oublié

Ce thème, Philippe Tétart l’a déjà exploré dans le cadre de l’ouvrage “Les champions dits de couleur entre mythes et réalités”, publié en 2024 aux Presses universitaires de Rennes et qu’il a dirigé avec Yvan Gastaut et Didier Rey (c’est d’ailleurs une photo de Battling Siki qui figure en couverture). Dans son nouveau livre, Philippe Tétart s’interroge sur les raisons qui ont fait que l’homme qui a terrassé Georges Carpentier a tout bonnement été effacé de l’histoire du sport, alors que son titre de champion du monde aurait dû le rendre éternel.

Le racisme qui règne dans les années vingt est une première explication. La fédération française de boxe ne supporte pas l’idée qu’un « nègre » puisse représenter son pays et les dirigeants entravent toute possibilité au champion de défendre son titre. Philippe Tétart cherche toutefois d’autres raisons à cet ostracisme : un style de boxe relativement commun, qui ne représente aucune évolution dans la discipline, une certaine appétence du champion à la provocation – insupportable lorsqu’elle vient d’un « étranger », un mode de vie loin d’être exemplaire et enfin, une mort dans des conditions sordides – tué par balles dans une ruelle sombre de New York – qui alimente les rumeurs de liens avec la pègre.

L’histoire du sport ne manque pourtant pas de bad boys dont l’adulation et la détestation ont maintenu le souvenir. Le Sénégalais ne coche toutefois pas les cases qui feraient de lui un champion acceptable. Philippe Tétart cherche alors à définir ce qui fait d’un grand sportif une légende, ce qui fait qu’un Georges Carpentier et un Marcel Cerdan sont quasiment panthéonisés là où un Battling Ski et quelques autres sont effacés de l’histoire. 

Le représentation du champion

Lorsque son nom est réapparu dans la rubrique histoire des pages sportives, dans les années 2000, Battling Siki a d’abord fait l’objet d’une image fantasmée. Les biographes se plaisent à utiliser des clichés, notamment dans les zones grises d’une destinée complexe. Philippe Tétart cite la biographie du journaliste Jean-Marie Bretagne, publiée en 2008, à laquelle il reproche un manque de rigueur historique, ou la bande dessinée de Ducoudray et Vaccaro parue en 2010, qui assume quant à elle une grande part de fiction. 

Pour écrire la véritable histoire de Battling Siki, Philippe Tétart s’est doté des méthodes de l’historien, recherchant les faits dans les archives et les analysant le plus objectivement possible, évitant de se laisser tenter par l’interprétation. Il replace le champion dans son contexte, où la France vivait un âge d’or pugilistique, et tâche de comprendre sa personnalité, un esprit rebelle toutefois capable de courtoisie et d’élégance. L’auteur fait fi des commentaires biaisés par le racisme et l’esprit colonialiste qui ne manquent pas d’apparaître sur les articles de l’époque. Il tente de retracer le parcours point par point en évitant de combler les manques par des suppositions.  

Avec cette biographie de huit-cent pages, Philippe Tétart redonne à son sujet la place qu’il mérite dans l’histoire du sport français, tout en redéfinissant les règles de la biographie sportive. 

Philippe Tétart "Battling Siki, la véritable histoire" (PUR 2026)