Jean-Marie Bretagne "Battling Siki" (2008)

BATTLING SIKI (Jean-Marie Bretagne)

Biographie parue le 6 mars 2008 aux éditions Philippe Rey.

Le monde de la boxe est un monde de destins hors normes, où l’épisode de gloire se paie cher, souvent au prix d’une enfance difficile puis d’une sorte de retour de bâton aussitôt le titre conquis. L’histoire de Battling Siki , champion du monde en 1922, est un exemple parfois.

L’homme qui a battu Carpentier

Battling Siki est né Amadou Fall dans un Sénégal qui était encore l’Afrique occidentale française. Son arrivée en France alors qu’il n’a même pas dix ans est un mystère. La théorie d’un enlèvement sur sa terre natale, suivi d’un abandon sur le sol de la métropole est la plus répandue. A Marseille, le gamin déraciné est initié à la boxe où il excelle, au point de remporter un peu d’argent en participant à des combats alors qu’il est adolescent.

Au lendemain de la guerre, il poursuit sa carrière de boxeur en participant à des combats dans plusieurs pays d’Europe. Cela lui permet de nourrir sa famille, car il a épousé une jeune femme néerlandaise et est devenu père.

Son destin bascule en 1922 lorsqu’il est choisi pour servir d’adversaire au plus grand boxeur français du moment, l’immense Georges Carpentier. Le combat du 24 septembre 1922 au stade Buffalo, titre mondial en jeu, ne devait être qu’une formalité pour le champion du monde. Mais il trouva face à lui un Battling Siki particulièrement déterminé.

Ce champion que la France refusait de voir

Tout a été dit sur ce combat, probablement arrangé mais dont le Sénégalais avait décidé de modifier l’issue. On raconte aussi que l’arbitre, lorsque la défaite de Carpentier se dessinait, a cherché n’importe quel prétexte pour disqualifier Siki, mais a dû le déclarer vainqueur sous la pression du public.

Le public français aime peu ce champion qui vient de loin et qui ne lui ressemble pas. A l’image de Jack Johnson, premier champion noir rejeté quelques années plus tôt par les États-Unis, Siki ne courbe pas l’échine. Il répond coup pour coup en multipliant les provocations. Il se pavane dans les rues parisiennes en tenant des lionceaux en laisse.

La fédération française de boxe profite d’une histoire de bagarre de rue pour retirer ses titres et sa licence. Elle n’organise pas de match revanche pour Carpentier, en dépit des usages de la discipline. Si la fédération n’a pu lui retirer son titre mondial, Siki ira le perdre face à Mike McTigue dans une Irlande en pleine guerre civile.

Un champion effacé des mémoires

Indésirable en France, il se rend aux États-Unis espérant de refaire une santé financière. Mais il n’y trouve pas la liberté qu’il escomptait. Le bon peuple américain s’en prend à lui pour sa couleur de peau et ce qu’il considère comme des provocations. En décembre 1925, on retrouve dans une rue de New York le corps du champion criblé de balles. C’est la terrible histoire de Battling Siki, dont la France occultera longtemps la mémoire.

Il fera toutefois l’objet de textes exaltant ses exploits et signés Ernest Hemingway, Henry Miller, Paul Vaillant-Couturier et même Ho Chi Minh. Che Guevara empruntera son nom quand il aura besoin de masquer son identité. Il devient peu à peu le symbole des opprimés et des colonisés.

Dans les années 1990, sa légende refait surface en France et devient l’objet de recherches. En 2008, le journaliste Jean-Marie Bretagne tâche de tirer le vrai de ce qui tient de la légende pour son ouvrage publié chez Philippe Rey en 2008. Le champion oublié est désormais réhabilité.

Jean-Marie Bretagne "Battling Siki" (2008)

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