Roman publié le 15 mai 2026 aux éditions du Seuil.
Certains livres nous invitent à une lecture paisible. On se laisse porter par les mots, les phrases naturellement imbriquées les unes aux autres, on aborde divers sujets comme dans une discussion informelle, comme si l’auteur avait laissé son écriture en pilotage automatique.
Surfer au milieu des morts
Avec “La Baie”, Raphaël Krafft nous invite à découvrir le surf. Le narrateur est un passionné, qui se rend à La Baie pour y retrouver ses amis et capter quelques vagues. Il y est accompagné par son fils, passionné héréditaire, et par un homme qu’il appelle Tonton, un homme que l’âge a rendu fragile, qui n’aime la mer que pour y tremper les pieds, et dont les pensées tournent autour de la mort.
La baie en question est probablement la baie des Trépassés, un bout de plage nichée dans une pointe du Finistère, un lieu connu de tous les surfeurs de Bretagne et d’ailleurs. Mais l’endroit doit son nom au fait que les vagues, puissantes, y ont longtemps déposé les cadavres des marins et pêcheurs naufragés. “Comment peut-on surfer au milieu des morts sans troubler leur sommeil éternel ?” interroge alors Tonton.
Le récit, agrémenté de photos personnelles, s’appuie sur l’expérience de l’auteur, sa passion du surf et ses réflexions sur le sujet. Tout en parlant de La Baie, de ses amis, sa famille, il aborde fréquemment les sujets généraux sur le surf, cite les spots les plus fameux de la planète, évoque l’esprit du surf qui n’est pas aussi cool que ce que son image propagée laisse croire.
Dark side of the surf
Raphaël Krafft, l’auteur, est un homme qui a vécu mille vies. Écrivain, journaliste, reporter, il a parcouru le monde à vélo, il a mis en place une station de radio en Afghanistan, il a enquêté sur les migrants et les traitements souvent inhumains qu’ils subissent. Il a par ailleurs publié sur le surf une série de podcasts diffusée sur France Culture.
Le surf est un instant de connexion avec les éléments. Il est source de plaisir, de partage et d’universalité. Mais Raphaël Krafft n’hésite pas à aborder le coté sombre de la discipline, qui porte selon lui toutes les tares de l’occident contemporain : promotion du mythe américain, appropriation culturelle, tourisme de masse, culte de l’apparence, écologie à géométrie variable…
L’auteur narrateur évoque également le localisme qui gangrène les spots, cette manière de repousser les nouveaux venus par intimidation ou méthodes violentes. Le racisme y est également très présent. Toutefois, l’auteur s’attache à décrire ce que cette activité peut apporter de meilleur sur le plan humain.
“La Baie” est une planche sur laquelle l’auteur nous invite à glisser, faisant de chaque phrase une vague accueillante ou hostile en fonction de ses pensées. On se prend au jeu, même quand on connait peu le surf. Surtout, d’ailleurs, quand on connait peu le surf.

- “La baie” de Raphaël Krafft (Seuil 2026), 112 pages. 120×200mm. ISBN:9782021597103. Prix:13,90€. Disponible dans toutes les bonnes librairies et sur le site des éditions du Seuil.













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