Édition augmentée parue le 14 octobre 2014. Préface de Lilian Thuram.
Eduardo Galeano a bâti sa réputation sur son ouvrage “Les veines ouvertes de l’Amérique latine”, un classique de la littérature géopolitique qui dénonçait dès 1971 l’impérialisme et la spoliation du continent sud-américain. Un peu plus de deux décennies plus tard, le journaliste uruguayen est revenu au premier plan grâce au football, et un nouvel ouvrage majeur dans lequel il clame son amour du ballon rond.
Chapitres supplémentaires
“El futbol a sol y sombra” sort en 1995 en espagnol puis traduit en plusieurs langues, notamment en français par Jean-Marie Saint-Lu pour être publié aux éditions Climats en 1998. L’ouvrage a été révisé en plusieurs occasions. L’auteur y ajoute un nouveau chapitre à chaque Coupe du monde, de 2002 jusqu’à 2010. L’ouvrage publié aux éditions Lux en 2014 contient donc ces chapitres supplémentaires (toujours traduits par Saint-Lu), avec une préface signée Lilian Thuram.
Si l’ouvrage d’Eduardo Galeano nous parle tant, c’est parce que plus jeune, comme vous et moi, il jouait merveilleusement bien, mais seulement dans ses rêves d’enfant. Dans la réalité, il n’était qu’un médiocre footballeur, mais ce défaut n’a jamais entravé son amour du jeu, bien au contraire. Il n’a jamais cessé de chanter ses louanges, tout en restant lucide et en dénonçant ses innombrables dérives.
Un voyage triste
“Ombres et lumières” est une suite de textes courts, rarement plus de deux pages, où l’auteur relate quelques moments d’histoire agrémentées de fulgurances personnelles. Des portraits, des buts, des pages d’histoire, des anecdotes, des réflexions, le tout sans une écriture simple et passionnée, enjouée mais parfois aussi mélancolique. “L’histoire du football est un voyage triste, du plaisir au devoir” écrit-il notamment avant d’aborder la face sombre du football, sa marchandisation, son industrialisation, un jeu désormais dominé par les impératifs de victoires au détriment de sa beauté, où les stratégies s’achaffaudent avant tout pour empêcher l’adversaire de jouer.
Galeano est décédé en avril 2015 mais sa critique reste d’actualité. Le football ne cesse d’être pris en otage par les intérêts économiques et politiques. Les grandes structures comme la FIFA et l’UEFA, tenues de développer le jeu, se lancent en priorité dans la recherche du profit, transformant les compétitions en barnums de plus en plus insupportables, négligeant de surcroît les droits humains les plus élémentaires.
“Le football ombre et lumière” ne doit pourtant pas être considéré comme un simple pamphlet, mais plutôt comme une déclaration d’amour au football, un amour lucide où la ferveur laisse place à la critique, où l’enthousiasme n’empêche pas la lucidité. Comme le titre, le dessin de la couverture illustre cette dualité en représentant un ange face à un diable ballon au pieds. Le livre reste aujourd’hui un bel objet littéraire, probablement l’une des plus belles œuvres jamais écrite pour le football.

- “Le football ombre et lumière” de Eduardo Galeano (2014, éditions Lux). Traduit de l’espagnol par Jean-Marie Saint-Lu. Préface de Lilian Thuram. 320 pages. 145x195mm. ISBN:978-2-89596-185-7. Disponible dans toutes les bonnes librairies et sur le site des éditions Lux.














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