Ouvrage paru le 25 août 2022 aux éditions du Détour. Préface de Patrick Boucheron
Les grands sportifs, et en particulier les footballeurs, ont tendance à décréter, dès lors qu’ils remportent un match important, qu’ils sont entrés dans l’Histoire. C’est bien entendu très exagéré. L’Histoire, du moins l’histoire officielle qui s’affiche avec un H majuscule, tient très peu compte des choses du football dans son récit.
Vingt rencontres sous le feu de l’histoire
Malgré tout, de nombreux historiens font du football un sujet de recherche, et François da Rocha Carneiro n’est pas le plus méconnu dans cet exercice. Il est l’auteur d’une thèse d’histoire sur les footballeurs qui ont composé l’équipe de France et de plusieurs ouvrages qui en découlent plus ou moins.
Dans “Une histoire de France en crampons” parue aux éditions du Détour, notre historien sélectionne quelques-uns des huit-cent matchs et quelques de l’équipe de France pour les inscrire dans l’histoire de France, du moins une histoire de France, puisque la discipline est avant tout une affaire de récit.
Il ne s’agit donc pas de relater une nouvelle fois le RFA-France de 1982 ni le France-Brésil de 1998, mais plutôt de narrer certaines rencontres, souvent oubliées, dans leur contexte historique, qu’il s’agisse de celui de la guerre, de l’immigration, du travail et de la politique.
Le football et la guerre
Ainsi le récit commence-t-il par un Hongrie-France datant du 31 mai 1914, c’est-à-dire avant le déclenchement de la Première guerre mondiale. L’auteur nous relate l’avant – la multitude de matchs qui témoigne de la vitalité du football à l’époque -, le pendant – les Français qui se satisfont d’une défaite fut-elle sévère – et l’après, où l’on suit chacun des onze tricolores mobilisés dans le terrible conflit.
Le match suivant a lieu le 9 mars 1919, quand le pays se relève du cauchemar et qu’à l’essentiel il reconstruit son équipe nationale de football pour une rencontre face à la Belgique. D’une guerre l’autre, on se retrouve au début des années quarante, avec un France-Portugal en janvier 1940 qui distrait des soldats pendant la drôle de guerre, puis un Espagne-France deux ans plus tard, en mars 1942, qui souligne les absurdités du régime de Vichy.
En 1958, la France est confrontée à une autre guerre, celle d’Algérie, et son football subit la désaffection de ses joueurs algériens, partis pour la plupart composer l’équipe du FLN. A l’occasion d’un France-Suisse (0-0) en avril 1958, l’équipe de France comprend, à quelques mois de la Coupe du monde en Suède, qu’elle devra faire sans ces joueurs, et non des moindres, considérés comme déserteurs.
Football et immigration
L’histoire de France, ce n’est pas seulement l’histoire de ses conflits, mais aussi celle de sa population et des nombreuses immigrations qui ont fait sa richesse. L’équipe de France bénéficie dès ses premières années de la loi de 1889 qui inscrit le droit du sol dans la législation. Le 12 avril 1908, un joueur issu d’une famille belge est sélectionné chez les Tricolores pour une rencontre qui l’oppose à la sélection de son pays d’origine. Albert Jénicot vit ainsi le premier ce que d’autres vivront également, au gré des flux d’immigration, notamment les familles venues d’Italie et de Pologne dont certains enfants feront la gloire du football tricolore. Parmi eux, les joueurs d’origine italienne confrontés le 11 avril 1954 à la Squadra qui faisait la fierté de leurs parents.
En 1982, une équipe riche de ses descendants espagnols (joueurs et entraîneur) mais aussi italiens et africains, invente sous le soleil castillan un football qu’on nomme à la Française, lequel est en démonstration un 4 juillet face à l’Irlande du Nord (4-1). Plus tard, en 1996, c’est une équipe multicolore qui affronte l’Arménie (2-0) juste avant l’Euro 1996 et qui fait fi des grognements émis par quelques voix nationalistes qui ne reconnaissent pas, à travers leurs footballeurs, le pays qu’ils ont fantasmé. Plus tard en 2015, à l’occasion d’un France-Brésil, l’auteur s’attarde sur le cas de Nabil Fekir, sommé de choisir sa nationalité sportive, un choix douloureux que connaîtront de nombreux joueurs bénéficiant de la double nationalité.
Football et droit du travail
François Da Rocha Carneiro se penche ensuite sur l’histoire de la France qui travaille, avec le droit de grève des premiers professionnels à l’occasion d’un France-Belgique 1938 comme celui des caïds de Knysna lors de la Coupe du monde 2010. Il soulève également les conflits comme celui qui opposa Kopa à son sélectionneur à l’occasion d’un Hongrie-France de 1962, revient sur l’affaire des chaussures de Mar Del Plata en 1978 et sur l’exil des footballeurs après l’arrêt Bosman, concrétisé lors du France-Mexique amical du 31 août 1996.
Le dernier volet s’ouvre sur les heures les plus sombres de l’équipe de France, confronté au nazisme (Allemagne-France 1933), au fascisme (Italie-France 1938), à la dictature (Argentine-France 1978), au terrorisme (France-Allemagne 2015) ou à l’épidémie (France-Ukraine et France-Finlande 2020).
A chaque rencontre évoquée, l’auteur relate les faits avec le plus de précisions possible sans omettre un style alerte, souvent malicieux et bien entendu engagé. L’histoire est un bloc qu’il faut savoir égratigner pour faire surgir la vérité.

- “Une histoire de France en crampons” de François da Rocha Carneiro (éditions du Détour 2022). 224 pages. 140 × 220 mm. Disponible dans toutes les bonnes librairies et sur le site des éditions du Détour.

















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