Autobiographie parue le 3 décembre 2025 aux éditions Fayard.
La réussite rend-t-elle mégalo ? On pourrait le croire quand Jean-Claude Darmon, à plus de quatre-vingt ans, ressent le besoin de raconter sa vie, en publiant une nouvelle autobiographie (après celle de 2016) en même temps qu’un documentaire hagiographique diffusé sur Canal+. Le livre, publié par une maison d’édition désormais très controversée, a pour titre “Destin”, rien que ça, et démarre par la légion d’honneur remise à l’intéressé en 2022.
Avoir plus de rêves que de souvenirs
Le grand argentier du football n’aime rien tant que courir après les honneurs. Il dit lui-même que si l’argent est sa raison d’être, Jean-Claude Darmon est surtout avide de reconnaissance. Le livre évoque les amitiés sincères qu’il cultive dans les loges d’honneur du Parc des Princes et aux tables des plus grands restaurants partagées avec des célébrités.
Le cahier central du livre est principalement garni de photos où le héros pose aux côtés des Johnny Hallyday, Alain Delon et autres Lino Ventura. Jean-Claude Darmon revendique sa place parmi les grands. Après quelques lignes, on se surprend à lire, à propos des fonctionnaires du ministère des Sports : “Les petits hommes gris ne m’intéressent pas. Je les laisse à leur médiocrité. J’ai d’autres choses à faire que de m’embarrasser de leurs états d’âme”. Le ton est donné.
Là où il aurait pu livrer quelques passages instructifs sur l’histoire économique du sport français, le récit se contente de survoler ces points et reste centré sur la personne érigée en chevalier blanc avec une bonne dose de narcissisme. Dès les premières pages, le lecteur comprend qu’il n’échappera pas au storytelling du jeune déraciné parti de rien pour bâtir son empire. Un récit bien rodé agrémenté de leçons de vie sur le thème “Quand on veut, on peut”, mythologie récurrente à l’adresse de ceux qui, comme dirait l’autre, ne sont rien.
Le grand argentier du football français
Jean-Claude Darmon est l’homme qui a fait du football français une affaire juteuse. Dès la fin des années soixante, il est le premier à mesurer l’intérêt des décideurs économiques pour le ballon rond. Non pas en tant que sport, mais bien comme vecteur d’image. S’il n’invente pas à proprement parler le concept du sponsor, Darmon le développe à grande échelle auprès des clubs. D’abord des livres d’or, puis des panneaux publicitaires autour du terrain, des marques sur les maillots et enfin les caméras de télévision.
C’est le FC Nantes qui sert de laboratoire au businessman inspiré, lequel comble le moindre espace du stade Marcel-Saupin avec une marque. C’est également lui qui rapproche Europe 1 du club nantais, une initiative à l’origine d’un maillot qui restera dans l’imaginaire local. L’opération pubs à outrance est renouvelée dans les autres clubs avant que la fédération ne confie à l’intéressé la gestion financière de l’équipe de France. Malgré la méfiance affichée par Fernand Sastre, président de la FFF, Darmon devient incontournable.
Un homme de pouvoir avide de reconnaissance
L’argentier est désormais une figure du ballon rond, côté coulisses. Son ouvrage fait l’inventaire des nombreux amis qu’il compte dans les plus hautes sphères du pouvoir. Il se fait aussi une gloire d’avoir quelques ennemis notables comme Bernard Tapie et Michel Platini.
Son omnipotence lui joue parfois des tours lorsqu’une sordide affaire envoie son nom à la une des journaux. Darmon évoque notamment les affaires du SC Toulon en 1990. Plutôt que d’en expliquer les ressorts et les éventuelles dérives d’une époque, Darmon se contente de clamer son innocence comme si, avec plus de trente ans de recul, cela restait le principal intérêt (après son inculpation, l’affaire s’est terminée par un non-lieu).
Le passage fait curieusement écho à une affaire plus récente, contemporaine à la sortie du livre, celle d’un ancien chef d’Etat qui fustige la justice qu’il jugeait pourtant trop laxiste avant qu’elle ne s’intéresse à son cas. A la manière d’un Journal d’un Prisonnier publié chez le même éditeur, Darmon évoque avec gravité les quelques heures qu’il a passées en cellule. Un “séisme personnel” dont il ne tire manifestement aucune leçon puisqu’il sort sa tirade méprisante selon laquelle la garde à vue est “un accident du travail pour les voyous”. La prison, c’est normal pour le peuple, mais pas pour “les gens comme nous”, tel qu’il l’avait expliqué à la télévision pour défendre l’ex-président condamné.
Le “Destin” de Jean-Claude Darmon est un très mauvais livre. Une lecture décevante pour qui s’attend à un témoignage éclairant sur l’économie du sport et qui ne trouve que de longues pages de narcissisme saupoudré de mépris de classe.

- « Destin: Avoir plus de rêves que de souvenirs » de Jean-Claude Darmon (Fayard 2025). 250 pages. 154x235mm. ISBN:978-2213733852. Disponible dans les Relay et les prochains vide-greniers.















