Publié le 13 novembre 2025 aux éditions Solar. Préface de Marcel Desailly.
Dans l’histoire du football, le nom de Jean-Marc Bosman est aussi célèbre que celui de Lev Yachine, René Higuita ou Fabien Barthez. Toutefois, si le joueur belge a bâti sa réputation sur un arrêt, il ne l’a pas effectué devant une cage sur un terrain. C’est dans les salles d’audience de la Cour de justice de l’Union européenne que l’attaquant liégeois a remporté sa victoire la plus déterminante.
L’homme qui a révolutionné le football européen
Pendant cinq ans, Jean-Marc Bosman s’est battu pour faire valoir ses droits. Alors qu’il envisageait un transfert à Dunkerque, un club de deuxième division française, le joueur belge est bloqué par son club, le FC Liège. Bien que le joueur soit en fin de contrat, le club belge refuse d’envoyer sa lettre de sortie, ce qui bloque tout transfert. C’est ainsi que le football fonctionne à cette époque.
Le joueur de vingt-six ans ne s’en laisse pas compter. Il contacte un avocat pour le défendre dans une affaire qu’il envisage être réglée à l’amiable au bout de quelques semaines. Mais le refus du club belge, d’abord, puis le mépris des fédérations ensuite, conduisent Bosman et ses avocats jusqu’à la Cour européenne. Celle-ci, le 15 décembre 1995, prononce la décision historique : Les règlements qui régissent le monde du football sont contraires à l’article 48 du Traité de Rome, qui définit la libre circulation des travailleurs dans l’espace européen. Parmi ces règlements obsolètes, la règle de l’UEFA qui fixe à trois le nombre de joueurs étrangers autorisés dans une équipe.
Avec l’Arrêt Bosman, le droit européen s’applique à l’ensemble du sport professionnel. Un joueur en fin de contrat est désormais libre de tout engagement. De leur côté, les clubs sont autorisés à recruter autant de joueurs européens qu’ils le désirent. Il n’y a plus de quotas de nationalités. C’est une véritable révolution, dont on ne sait si elle sera bénéfique ou non pour le football. Si les joueurs y ont trouvé leur liberté et une position de force au moment de négocier, le système a ensuite été quelque peu perverti : les transferts se sont multipliés et les meilleurs joueurs sont concentrés dans une poignée de clubs, lesquels, grâce à la Ligue des champions, ont creusé un écart économique important avec leurs concurrents nationaux.
Une carrière sacrifiée pour un arrêt
Comme l’explique le Français Marcel Desailly, qui signe la préface du livre, l’opiniâtreté de Jean-Marc Bosman a fait la fortune de nombreux joueurs, mais aussi des agents et intermédiaires. Quant au joueur belge lui-même, il n’a rien gagné. Il a sacrifié sa carrière dans son combat pour la liberté. Quand l’arrêt qui porte son nom est promulgué, il est âgé de trente-et-un ans et aucun club ne souhaite engager un joueur qui n’a plus vraiment joué depuis cinq ans.
Épuisé et oublié, le joueur entre alors dans une terrible dépression. Il s’adonne à l’alcool et aux violences conjugales. Ruiné, l’ancien footballeur professionnel a recours aux aides sociales pour survivre. Confronté à des ennuis de santé, du fait de son alcoolisme et sa précarité, il est aujourd’hui reconnu handicapé.
Trente ans après la révolution qu’il a provoquée, Jean-Marc Bosman publie avec le journaliste Éric Champel un ouvrage où il raconte son destin exceptionnel et contrarié. Il évoque tout d’abord sa passion du ballon rond et ses débuts professionnels, nous rappelant – on l’aurait presque oublié – que Jean-Marc Bosman était avant tout un footballeur. Il raconte comment, d’un litige avec son club, il a provoqué une révolution qui bouleversa l’économie du football mondial. Il narre ensuite sa déchéance et comment il remonta la pente malgré les nombreux tacles de la vie.
Un livre pour l’histoire
L’ouvrage est agrémenté de quelques encadrés où Jean-Marc Bosman rencontre d’anciens coéquipiers, mais aussi de propos recueillis par Éric Champel qui nous éclaire un peu plus sur les conséquences de l’arrêt Bosman. Le journaliste interroge des avocats, un enseignant en droit du sport, un ancien secrétaire de la FIFA, ainsi que des acteurs du football comme l’ancien entraineur Daniel Jeandupeux, le multi-président Luc Dayan et le syndicaliste Philippe Piat.
Ainsi l’ouvrage publié aux éditions Solar n’est pas seulement une autobiographie, mais un livre riche en témoignages, en analyses et en faits méconnus. Un véritable document sur un épisode important de l’histoire du football et des sports collectifs.

- “Mon combat pour la liberté” de Jean-Marc Bosman (Solar 2025). 232 pages. 140x225mm (19,90€). Disponible dans toutes les bonnes librairies et sur le site de l’éditeur Solar.
















