Publié en 1992 aux éditions La découverte.
Au soir de la finale de la Coupe du Monde 1990, que l’Argentine vient de perdre face à l’Allemagne, Diego Armando Maradona pleure sous les sifflets imbéciles du public romain. Emue par les larmes du Pibe de Oro, Alicia Dujovne Ortiz, qui de son propre aveu ne goûte guère aux choses du football, décide d’écrire la vie du nabot argentin.
De Perón à Maradona
Mieux que personne, Alicia Dujovne Ortiz sait trouver les mots pour parler de son pays. Native de Buenos Aires, elle fut journaliste à La Nacion et La Opinion avant de rejoindre Paris en 1978 pour fuir la dictature militaire. Elle a publié plusieurs romans et quelques récits consacrés aux mythes argentins. Entre Buenos Aires et Eva Perón, il était logique qu’elle se penche sur le cas Diego Maradona.
Lorsqu’elle se rend à Naples en mars 1991 pour rencontrer le joueur, celui-ci vient de rentrer précipitamment à Buenos Aires, à la suite d’un contrôle antidopage positif, lequel a révélé une forte consommation de cocaïne. La biographie prévue devient alors une enquête sur le phénomène Dieguito au pied du Vésuve.
Le véritable Napolitain
A sa grande surprise, l’auteur a le sentiment, en découvrant Naples, d’un retour aux sources. Elle retrouve chez les Napolitains toutes les caractéristiques de ses compatriotes argentins. Les immigrants qui ont construit l’Argentine n’étaient-ils pas pour la plupart venus du sud de l’Italie ? N’était-il finalement pas logique que le plus célèbre des Argentins exprime son talent, sa gouaille et son espièglerie au stade San Paolo ? Maradona n’était-il finalement pas le plus Napolitain de l’équipe de Naples ?
Dans « Maradona c’est moi » (1992, La Découverte), Alicia Dujovne Ortiz revient également sur quelques épisodes de la carrière de Maradona, notamment la fameuse Mano de Dios de la Coupe du Monde 1986 contre l’Angleterre. Elle cherche les mots pour nous faire comprendre ce que cet acte de tricherie manifeste, a pu signifier pour le peuple Argentin. Elle s’interroge également sur les relations de Diego avec la redoutable Camorra napolitaine.
Maradona, c’est nous
Avec son ouvrage, à la fois enquête et biographie, Alicia Dujovne Ortiz nous fait visiter la ville de Naples, discuter avec ses habitants et comprendre ce que représente Diego Armando Maradona dans le sud de l’Italie. Elle n’oublie pas d’évoquer l’Argentine, son pays qu’elle aime par-dessus tout, et sa passion démesurée pour le ballon rond, qu’elle a pu mesurer lors de la Coupe du monde 1978, juste avant de fuir.
Peu de biographies étaient parues en 1992 sur Maradona, puisque le joueur n’avait que trente-deux ans et poursuivait sa carrière, même si celle-ci glissait de plus en plus souvent vers le fait divers. « Maradona c’est moi » avait le mérite de nous présenter le phénomène au-delà du footballeur, et même de l’homme, au-delà de tout jugement. Un livre à relire avec plaisir aujourd’hui.

- « Maradona c’est moi » de Alicia Dujovne Ortiz (1992 La découverte).
















