Jack Johnson "Battant"

BATTANT (Jack Johnson)

Autobiographie parue en 1927 et traduite en Français en 2025 par François Thomazeau.

Jack Johnson, champion du monde des poids lourds entre 1908 et 1915, est l’un des monstres sacrés de l’histoire de la boxe et du sport américain.  Il est aussi, et surtout, une figure emblématique de l’émancipation des Noirs américains. Sa victoire en 1908 contre le Canadien Tommy Burns à Sydney a fait de lui le premier Noir détenteur d’une ceinture mondiale, ce qui a déchainé aux États-Unis une véritable campagne de haine et de violentes émeutes raciales. 

Le géant de Galveston

A l’issue de sa victoire, le monde de la boxe ébranlé s’est mis à la recherche du grand espoir blanc qui irait vaincre le péril noir. L’écrivain Jack London, notoirement raciste, n’est pas le dernier à hurler avec les loups. Il exhorte l’ancien champion James J. Jeffries à sortir de sa retraite pour aller récupérer sur le ring le titre détenu par le Géant de Galveston. Le combat du siècle (l’un des premiers auquel on attribue ce terme) a lieu le 4 juillet 1910 à Reno (Nevada) devant 22.000 spectateurs. Il fait l’objet d’un récit de Daniel Picouly paru en mai 2017 chez Incipit. Jeffries s’incline par abandon au quinzième round, ce qui rend encore plus furieuse l’Amérique blanche. 

S’il est conscient de la dimension symbolique de son règne, Jack Johnson ne se revendique pas militant de la cause noire. Le champion du monde affiche un profond mépris pour les convenances et pour les idées reçues. Bien que souvent menacé de mort, il traverse sa célébrité avec nonchalance et insouciance. Il revendique en outre une totale liberté d’être et de penser.

En 1927, alors qu’il approche des cinquante ans, il publie une autobiographie “In the ring and out” qui ne sera traduite en Français qu’un siècle plus tard ou presque, en 2025, par le journaliste François Thomazeau. L’ouvrage paru aux éditions L’Écailler permet de découvrir un champion épanoui, sur de lui, et incroyablement plus fin que son image de brute épaisse le laissait supposer.

In the ring and out

S’il est conscient d’avoir subi racisme et ségrégation, Jack Johnson a toujours répondu par le mépris. Il se place au-dessus de ces petitesses et croque la vie à sa guise. Il épouse une femme blanche et investit son argent gagné sur les rings dans des boîtes de nuit, dont l’une deviendra le fameux Cotton Club. En toute occasion, le champion noir affiche une gentillesse désarmante et un sourire en or (l’expression est de Jack London) à ses interlocuteurs, quels qu’ils soient.

Cette désinvolture lui vaut les grincements de dents de l’Amérique blanche, mais aussi l’inimitié des leaders noirs de l’époque. Le très influent militant Booker T. Washington en fait son ennemi de pensée et le considère comme un traître à la cause. Le boxeur quant à lui se rapproche plutôt de Frederick Douglass, abolitionniste de l’esclavage et militant de l’égalité totale entre tous les individus, quelles que soient leurs origines ou leurs couleurs de peau. 

La boxe permet à Jack Johnson de vivre en toute liberté et de traiter d’égal à égal avec tout le monde. Sans peur mais avec respect. Il n’a rien demandé à personne, il s’est servi. L’autobiographie que nous permet de lire François Thomazeau nous donne à découvrir une personnalité qui ne doute de rien et qui se montre avide de toute expérience.

Le récit d’une vie extraordinaire

Sa condamnation en 1912 pour avoir déplacé une femme blanche d’un État américain à l’autre (chose qui était interdite à l’époque, car suspectée de proxénétisme) le pousse à quitter le pays. Cet exil lui fait découvrir le monde et particulièrement l’Europe où il est accueilli en héros. A Paris, Londres, Barcelone, Moscou, on le retrouve acteur de théâtre, toréro, businessman, publicitaire, confident du tsar de Russie… Il acceptera bien entendu quelques combats de boxe, notamment à Barcelone contre l’excentrique Arthur Cravan. Il sera aux premières loges pour assister au déclenchement de la guerre 14/18 où il deviendra agent de renseignement pour les services américains en Espagne. Une vie tout simplement incroyable qu’il se plaît à raconter en détails. 

Ce livre est également l’occasion pour le champion de s’exprimer sur certains sujets, notamment ses conseils en matière de diététique et de mise en forme, qui restent très pertinents de nos jours. Jack Johnson reste toutefois un homme de son époque quand il évoque les femmes à travers des opinions qui ont le mérite d’être vivement contestées de nos jours. Homme à femmes et grand séducteur, il prétend connaitre le sujet, mais ses remarques pas toujours élégantes restent toutefois un précieux témoignage dans l’histoire de la lutte des femmes pour leur émancipation.

Revenu au pays en 1914 en passant par la case prison, Jack Johnson perd son titre mondial en 1915 contre l’espoir blanc Jess Willard. Vingt-deux ans seront nécessaires pour voir un autre Noir, Joe Louis, s’attaquer à la couronne mondiale des poids lourds. Dans un style différent. Dans sa préface, François Thomazeau ne manquera pas de préciser que leur successeur le plus illustre, Muhammad Ali, s’est plus souvent réclamé de l’héritage de Jack Johnson que de Joe Louis. 

Jack Johnson "Battant"
  • “Battant” de Jack Johnson (L’écailler 2025), traduction de “In the ring and out” (1927) par François Thomazeau. 222 pages. 135x215mm. Disponible dans toutes les bonnes librairies et sur le site des éditions L’Ecailler.