Football(s) #3 Le rugby français et son modèle

FOOTBALL(S) #3 – Le rugby français et son modèle

Revue parue le 15 octobre 2023 aux éditions Presse Universitaire de Franche-Comté.

Le troisième numéro de la revue Football(s) est consacré au rugby, et pour ceux que ça étonne, il est bon de rappeler que football et rugby ont des racines communes et que la revue éditée par les Presses universitaires de France-Comté avait indiqué son parti pris dès son premier numéro : le rugby est un football, parmi les nombreux footballs qui sont pratiqués de par le globe. On devrait même préciser les rugbys.

Histoires du rugby français

Le troisième numéro de la revue Football(s), écrivions-nous, est consacré au rugby, et tout particulièrement au rugby français. L’incontournable Paul Dietschy a réuni une poignée d’historiens, de journalistes et d’économistes à évoquer quelques moments clés de l’histoire du ballon ovale dans l’hexagone.

François Bourmaud, docteur en histoire contemporaine à la Sorbonne et à Lausanne, revient tout d’abord sur l’héritage britannique du rugby français. La France est en effet le seul pays d’Europe continentale à avoir vu le rugby se développer au point de devenir une discipline majeure. Le XV de France a obtenu dès 1910 le privilège de participer au tournoi des nations jusqu’alors exclusivement réservé aux britanniques.

Camille Morata, docteur en histoire contemporaine à Montpellier, évoque la guerre 14-18 et le lourd tribut qu’a payé le rugby. Depuis le conflit ont été érigés en France de nombreux monuments funéraires dédiés aux rugbymen morts au combat. L’organisation de célébrations prend la forme de rencontres et de banquets, organisés en France mais aussi à l’étranger, jusqu’en Nouvelle-Zélande qui n’oublie pas Dave Gallaher, premier capitaine des All Blacks, mort en 1917 lors de la bataille de Passchendaele en Belgique.

Si le rugby s’est particulièrement développé dans le Sud-Ouest de la France, d’autres régions ont connu un fort engouement comme l’ouest de la France au début du XXe siècle. Sylvie Bossy-Guérin, doctorante à Nantes, le raconte dans un article qui fait écho à celui qu’elle a livré au hors-série sur l’histoire populaire du rugby français publié par L’Humanité. Le rugby se pratique également dans le Nord. Caroline Leroy, doctorante à l’université d’Artois, célèbre le club de l’ASPTT Arras parvenu parmi l’élite dans les années 1970. Le ballon ovale circule également de mains en mains en Corse, en dépit d’un développement contrarié par le peu d’entrain des instances dirigeantes à reconnaître ses spécificités, comme le raconte Didier Rey, professeur d’histoire contemporaine.

Michaël Delepine, docteur en histoire, raconte l’histoire du stade Yves-du Manoir, fief du rugby français et du Racing Club de France, devenu le stade des Jeux de 1924 puis des équipes de France de football et de rugby. Un article qui renvoie à son Histoire du stade de Colombes, paru en 2022 aux éditions Atlande.

Ce que le XV doit au XIII

Tony Collins, professeur d’histoire contemporaine en Angleterre, revient sur les relations rugbystiques entre France et Grande-Bretagne, une entente souvent peu cordiale, avec notamment le clash de 1931 quand la France, au jeu trop brutal et à l’amateurisme trop marron, fut exclue du tournoi des Nations. Un événement qui au passage permit le développement hexagonal du rugby à XIII où le professionnalisme est autorisé.

Robert Fassolette, du CREPS de Vichy, raconte justement l’histoire de ce jeu à XIII érigé en frère ennemi du rugby traditionnel. Banni par les instances dirigeantes françaises et interdit sous Vichy, le XIII n’en a pas moins vécu de grandes heures, notamment dans les années cinquante. Après l’avoir longtemps repoussé, le XV a peu à peu ouvert ses portes aux techniciens du XIII en comprenant que ceux-ci leur apporteraient les clés d’un rugby plus rapide, plus technique et plus spectaculaire. Fabien Conord, professeur d’histoire à Clermont-Ferrand, donne des précisions en prenant pour exemple l’aventure du Rugby Club albigeois, club de XIII qui s’est longtemps battu contre l’ostracisme de la presse et du public.

Elvis Lucchese, journaliste et historien, raconte l’influence de la France dans l’histoire du rugby italien, notamment dans les années 1930 où les entraîneurs français sont appelés à diriger les clubs de la péninsule, avant que les tensions ne les chassent du territoire. Le travail sera repris dans les années 1950 et aboutira en toute fin de siècle à l’entrée du XV azzurro dans le tournoi des Six Nations. Julien Saby, un des pionniers français du rugby italien, fait l’objet d’un portrait réalisé par Joris Vincent, maître de conférence à l’université de Lille.

Évoquer l’histoire conduit inévitablement aux problématiques contemporaines. Martine Bennamar, consultante, décrypte le modèle économique du Top 14, championnat d’élite du rugby français, tandis que Pierrick Desfontaine, professeur d’EPS à Toulon, compare les deux systèmes d’assistance vidéo de l’arbitrage, la VAR du football et le TMO du rugby.

La liste des intervenants : Paul Dietschy, François Bourmaud, Sylvie Bossy-Guérin, Tony Collins, Michaël Delepine, Robert Fassolette, Fabien Conord, Elvis Lucchese, Joris Vincent, Martine Bennamar, Didier Rey, Caroline Leroy, Pierrick Desfontaine.

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